Symbole du savoir-vivre français, le digestif était, au début du XXème siècle, exclusivement réservé aux hommes. Ces derniers se réunissaient dans des salons privés après le dîner pour savourer un bon cognac, fumer de longs cigares, refaire le monde et parler « affaires »… Un véritable moment d’échanges et de convivialité. Aujourd’hui encore, cette coutume a pour but d’achever les festivités avec une sensation de bien-être, qui s’apparente à celle de « bonne digestion ».

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A l’heure où les barmans du monde entier ne cessent de créer de nouveaux cocktails de plus en plus savoureux et enivrants, il vous faut être au point sur ces différents alcools qui reviennent à la mode. Ainsi, cette semaine, Restopolitan vous fait découvrir les origines de ces digestifs qui animeront et réchaufferont vos belles soirées d’hiver au coin du feu…
Le saviez vous ? Les digestifs alcoolisés consommés après les repas remontent au Moyen-Age et étaient alors réservés à un usage médical. Ainsi, pour faciliter la digestion, il était recommandé de boire un verre d’hypocras, une liqueur fabriquée à base de vin, de sucre et d’épices.

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L’ARMAGNAC OU L’ARME A GAUCHE

La fabrication de l’Armagnac se fait par distillation de vins blancs secs. C’est une eau-de-vie produite dans les départements du Gers, des Landes et du Lot-et-Garonne. Les premiers distillateurs en France sont d’une part les moines qui s’en servaient de médicament, et d’autre part la Faculté de Médecine de Montpellier dans un but thérapeutique. Cette « eau ardente » n’était pas vraiment une boisson, mais surtout un remède d’apothicaire. La légende raconte que Charles le Mauvais, roi de Navarre, en imbibait sa chemise de nuit sur conseil de ses médecins, et ce qui devait arriver arriva…  Un soir de 1297, une chandelle y mis le feu, brûlant mortellement le roi.

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LE COGNAC, C’EST HYPE !

Tout comme son cousin l’armagnac, le cognac est fabriqué par distillation de vins blancs. Toutefois, c’est la double distillation ainsi que ses terroirs (Charente / Charente Maritime) qui les différencient. Démodé en France, c’est aux États-Unis que le cognac a retrouvé la recette du succès. Et dans un milieu plutôt inattendu, celui du rap, version bling-bling et glamour. Et pourtant, son arrivée sur le Nouveau continent remonte au lendemain de la seconde Guerre mondiale. En effet, exporté aux États-Unis par les G.I., le cognac a tout de suite été adopté par les communautés afro-américaines, par opposition au whisky, boisson emblématique des WASP (White Anglo-Saxon Protestant). Plus tard, les communautés afros se sont réappropriées le « yak » après son utilisation dans de nombreux clips de rap. Le cognac devient alors un véritable symbole dans la culture afro-américaine. Puff Daddy, Beyonce, Jay-Z ou encore Snoop Dogg en ont même fait la publicité.

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KAMOK ET HOP…

Originaire du Luçon, le Kamok est une création de la famille Vrignaud, négociante en spiritueux. Cette boisson fut créée vers 1860 pour les ouvriers hollandais qui travaillaient dans les marais vendéens et étaient de grands amateurs de café… et d’alcool. Initialement appelée « café liqueur », le Kamok se fait ensuite rebaptiser avec les lettres de moka. Élaboré à partir de cafés Arabica torréfiés, il doit vieillir 2 ans en fût de chêne avant d’être dégusté. Titrant à 40°, c’est une boisson sucrée, douce amère au goût très particulier… Réputée en Vendée, le Kamok est dégusté comme digestif mais entre plus facilement dans la composition de cocktails, de confiseries, de desserts : pâtisserie, glace, entremet… Cette spécialité fait l’objet de nombreuses fêtes traditionnelles. Ainsi, chaque année, entre janvier et mars, est organisé le « concours Kamok ». Il réunit dans sa ville d’origine de Luçon les élèves des lycées professionnels hôteliers de toute la France et décerne un prix au meilleur cocktail imaginé à base de cette savoureuse liqueur de café.

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L’EAU VULNÉRAIRE OU D’ARQUEBUSADE

L’eau vulnéraire se compose de feuilles d’absinthe, de sauge, de fenouil, de mélisse, de romarin, de calament, de serpolet, de sarriette, d’angélique, d’hysope, de basilic, de thym, d’origan, de marjolaine, de lavande… et d’éthanol. Cette eau précieuse apparue dès le VIème siècle dans des monastères et servait alors de solution médicamenteuse réputée vulnéraire, c’est-à-dire à même de soigner les plaies. L’appellation « Eau d’arquebusier » ou « eau d’arquebusade » remonterait elle au XVIème siècle. François Ier donna alors l’ordre à quelques moines de développer un remède pour soigner les blessures causées par les arquebuses (ancienne arme à feu), dont les plaies cicatrisaient très difficilement.

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ABSINTHE, LA « FÉE VERTE »

L’absinthe est un spiritueux à base de plantes d’absinthe, également appelé « fée verte ». L’origine précise de l’absinthe est incertaine. On retrouve cependant les premières traces en l’Égypte ancienne, l’usage médical d’extraits d’absinthe serait mentionné dans le Papyrus Ebers. Plus tard, Pythagore et Hippocrate parlent de l’alcool d’absinthe, de son action sur la santé, de ses effets aphrodisiaques, de ses vertus de stimulation et de création. La « fée verte » connut un vif succès au XIXème siècle, mais devint peu à peu le symbole de l’alcoolisme. Décriée par les ligues de moralité et les producteurs de vin, qui lui prêtaient la réputation de rendre fou, elle fut interdite en France en 1915.

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LA CHARTREUSE ET LE MULET

Selon la tradition, la chartreuse naît en 1605, lorsque les moines de la chartreuse de Vauvert à Paris reçoivent un mystérieux manuscrit avec la formule d’un Élixir de Longue Vie. Trop complexe, la recette n’est dans un premier temps pas exploitée, mais fait cependant l’objet de travaux menés par l’apothicaire de la Grande-Chartreuse,  le frère Maubec. En 1737, le monastère de la Grande-Chartreuse, près de Grenoble, produit l’élixir dans sa pharmacie et commence à en faire commerce. C’est à dos de mulet que s’effectue la commercialisation, celle-ci est donc restreinte, lente et reste limitée aux villes voisines de Grenoble et Chambéry. Cet élixir est toujours commercialisé de nos jours, sous le nom d’Élixir Végétal de la Grande Chartreuse.

L’abus d’alcool est dangereux pour la santé. A consommer avec modération.